LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

Un entomologiste en hiver

L'hiver, il n'y a plus d'insectes dans les jardins.

Il n'y en a plus, du moins, de visibles.

A l'approche de la saison froide, il existe trois solutions pour les insectes:

-Hiberner

-Migrer

-Se reproduire avant de mourir.

L'hiver est donc la saison des oeufs, des larves, des insectes cachés et des insectes absents.

Pas tout-à-fait cependant.

Exceptionnellement, on peut rencontrer quelques insectes ou arachnides adultes.

Une thomise par exemple.

Synema globosum le 11 janvier:

 

 

Un papillon de nuit, hivernal comme son nom l'indique.

Erannis defolaria (hibernie défeuillante) le 23 janvier:

 

 

Un autre papillon de nuit, mais nous étions encore en automne.

Conistra vaccinii (orrhodie de l'airelle) le 3 décembre:

 

 

Une guêpe égarée dans la maison et un peu sonnée.

Ancistrocerus nigricornis le 5 février:

 

 

Et c'est tout!

Que peuvent donc faire des entomologistes en hiver?

En général, ils passent leur temps à zoner dans leurs fichiers de clichés "indéterminés".

Dans nos fichiers "indéterminés" ont stagné plusieurs semaines tous les spécimens qui vont suivre.

Mais, s'ils le sont restés, ce n'est pas le fait du hasard.

C'est soit que les espèces concernées sont particulièrement difficiles.

Soit que les photos sont particulièrement inadaptées.

Soit que les entomologistes dont il est question sont particulièrement nuls.

Dans notre cas, il y a un peu des trois.

 

Les diptères sont sans doute les insectes les plus difficiles à identifier.

L'ordre des diptères est l'un de ceux qui présentent le plus grand nombre d'espèces.

Et certaines de ses familles sont un casse-tête chinois pour l'amateur.

Le vrai problème, c'est lorsque l'amateur souffre de troubles obsessionnels compulsifs.

Et qu'il ne parvient pas à se résoudre à laisser une case blanche.

 

(droits réservés)

 

Parmi nos fichiers "indéterminés", ont végété longtemps de nombreux diptères.

Comme il nous fallait trouver une solution avant le nouveau printemps, nous avons parfois usé de notre mauvaise foi.

(Cf. l'article intitulé "La mauvaise foi").

Ainsi cette mouche, probablement une Anthomyia, fut "étiquetée" Anthomyia liturata:

 

 

Mais cela n'est que probable.

De même cette autre mouche fut étiquetée Fannia canicularis:

 

 

Jusqu'à ce que l'on rencontre cette autre, qui ressemble à s'y méprendre à la précédente, et pour laquelle nous avons conclus Helina evecta:

 

 

Dans ces trois cas, le doute règne.

Seule Helina evecta est quasi certaine.

De fait, Fannia canicularis correspond probablement à une erreur d'identification.

 

Dans le cas qui suit, la photo n'est pas terrible.

La nervation alaire se devine à peine.

Il n'y a aucune caractéristique évidente.

L'obsessionnel compulsif est à la limite de la rupture:

 

(droits réservés)

 

Mais il ne parvient pas à lacher prise.

Alors, il tente un nom.

Dasyphora albofasciata:

 

 

En espérant que jamais un entomologiste confirmé ne vienne se promener sur son blog.

 

Parfois, l'espèce reste "non identifiée" simplement parce que l'entomologiste est nul.

Dans le cas qui suit, l'espèce est très commune.

Elle dispose d'une caractéristique évidente: son proboscis (pièce buccale en forme de trompe).

Il suffisait de tomber dessus en fouillant sites et bouquins.

Stomoxys calcitrans:

 

 

Dans cet autre cas, c'était plus difficile, mais guère.

Pollenia rudis:

 

 

Parfois, il fallut carrément abandonner.

 

(droits réservés)

 

Ainsi les espèces suivantes finirent dans la poubelle sans jamais être déterminées.

 

 

 

Parmi les diptères, il n'y a pas que les mouches.

Il y a aussi les moustiques.

Nous avons complétement abandonné les nématocères lors de notre première saison.

Seuls trois clichés dans nos fichiers, pour lesquels nous aurions pu galéré des heures faute de compétence.

Tanytarsini sp.:

 

 

Trichocera sp.:

 

 

Mycomya sp.:

 

 

Dans ces cas, nous avons été sauvés du naufrage par l'excellent site "Quel est cet animal?"

A côté des diptères, nous nous sommes aussi cassé les dents sur ce lepidoptère.

Coenocalpe millierata:

 

 

Merci au site "Papillons de France métropolitaine et des Antilles francaises" de nous avoir sortis de l'ornière.

Enfin, en ce qui concerne les arachnides, c'est l'incontournable site "Le monde des insectes" qui nous a permis de nous extraire de plusieurs impasses successives.

Alopecosa albofasciata:

 

 

Olios argelasius:

 

 

Mais, dans certains cas, il n'y eut pas moyen d'aller plus loin que le genre.

Il faut savoir que, en ce qui concerne les lycoses, l'espèce, dans bon nombre de cas, ne peut être confirmée que par l'examen des genitalia.

Cela nécessite de capturer l'individu et de l'examiner au microscope.

Ce qui n'est pas du niveau de l'entomologiste amateur.

En attendant de devenir entomologistes éclairés, ce qui n'arrivera probablement jamais, nous devons souvent nous retrancher vers "sp."

L'abréviation "sp.", qui signifie species en latin, c'est-à-dire espèce, lorsqu'elle suit le nom du genre, signale le fait que l'espèce reste indéterminée.

Et qu'elle le restera, en ce qui nous concerne, vraisemblablement pour toujours.

Pardosa sp.:

 

 

Heureusement, dans certains cas, les lycoses disposent de caractéristiques suffisantes pour qu'elles soient déterminées sans microscope.

Hogna radiata:

 

 

Pardosa nigriceps:

 

 

Dans certains cas, la subjectivité nous égare.

Nous ne disposions dans nos fichiers que d'une seule espèce d'hybotidae.

Hybos culiciformis:

 

 

Cet autre hybotidae nous semblait différent, et nous avons fini par conclure Hybos femoratus:

 

 

Simplement parce que nous ne disposions d'aucun cliché d'Hybos femoratus.

Mais en fait, cette identification est fort peu probable.

Vraisemblablement s'agit-il aussi d'Hybos culiciformis.

Seule l'envie d'identifier une nouvelle espèce nous a poussé.

Il ne faut jamais céder à ce type de pulsion.

 

Dans d'autres cas l'identification relève de l'impossible.

Ce tout petit diptère pouvait correspondre, au premier coup d'oeil, à un spécimen de la famille des Piophilidae.

Voire à celle des Agromyzidae.

En fait, nous avons penché vers les Carnidae, très petites mouches noires, qui se nourrissent de charogne.

Or, le spécimen en question est précisément en train de boulotter sur un os abandonné par les chiens.

Peut-être meoneura, ou hemeromyia?

Meoneura sp. (Hemeromyia sp.):

 

 

Deux problèmes ici.

La photo n'étant pas terrible, l'on ne voit pas la nervation alaire.

Les Carnidae, probablement parce qu'il s'agit d'insectes très petits, n'ont pas particulièrement attiré l'attention des entomologistes professionnels.

Et il existe très peu de travaux qui leur sont consacrés, tous en anglais hélas.

 

Au total, nous essayons de prendre les choses au sérieux, mais à la mesure de nos moyens.

Nous espérons aussi progresser, de façon à ne pas voir grossir à l'infini nos fichiers "indéterminés".

Dans tous les cas, à l'approche d'un nouveau printemps, nous abandonnerons à leur triste sort les spécimens qui le sont restés.

En espérant les rencontrer de nouveau.

Et proposer de meilleurs clichés.

A partir des observations de la saison prochaine, nous proposerons un code chiffré pour les identifications:

0= peu probable

1= probable

2= très probable

3= certaine

Les improbables partiront à la poubelle après une quarantaine que nous fixerons à quarante jours.

Sinon cela ne s'appellerait pas une quarantaine.

Ainsi nous éviterons la surchauffe:

 

(droits réservés)

 

Qui est le précurseur du nervous breakdown.

 

(droits réservés)

 

 

 

 

 

 



04/03/2017
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