LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

Des papillons de nuit le jour

L'on distinguait naguère les papillons de jour des papillons de nuits.

Les premiers étaient appelés rhopalocères, les seconds hétérocères.

Cette ancienne distinction, absurde, est devenue obsolète.

L’appellation "Rhopalocères", qui désigne les papillons de jour, fait référence aux antennes.

Les rhopalocères sont des papillons dont l'extrémité des antennes est en forme de massue:

 

PAPILIONIDAE Iphiclides podalirius 3 (flambé) (2).JPG

 

Les papillons de nuit étaient appelés hétérocères.

Mais l’appellation "Hétérocères" ne veut rien dire.

Elle signifie simplement que les antennes n'ont pas la forme d'une massue, mais n'importe quelle autre forme:

 

EREBIDAE Lymantria dispar (bombyx disparate) (2).JPG

PYRALIDAE Ematheudes punctella (phycide ponctuée) (2).JPG

 

GEOMETRIDAE Ematurga atomaria 1 (phalène picotée) (2).JPG

 

Etc.

 

A priori, on peut penser qu'il s'agit là d'une catégorisation complétement débile.

Et bien, c'est le cas.

Prenons un exemple.

On pourrait, dans un cadre différent, distinguer les mecs qui portent des chaussures Stan Smith de ceux qui n'en portent pas.

Cela n'aurait pas plus d'intérêt.

Calciamentum signifie chaussure en latin, Phoros le porteur, stansmith signifie Stan Smith, et Hétéro l'absence d'unicité.

Le premier groupe, représentant les porteurs de Stan Smith, s'appellerait les stansmithcalciamentophores.

Et le second groupe, représentant ceux qui portent n'importe quel autre type de chaussures, s’appellerait les hétérocalciamentophores.

Du coup, les porteurs de Stan Smith apparaitrait comme une élite minoritaire, ce qui est gratifiant.

Stansmithcalciamentophore:

 

stan-smith-vertes-homme-rainbow-selvedge.jpg

(droits réservés)

 

Mais cela n'a aucun sens, d'autant que rien dans le comportement ne peut séparer les uns des autres.

Au passage, notons que "hétéro" signifie l'absence d'unicité.

Nous allons cesser, en ce qui nous concerne, de nous définir comme hétérosexuels, de peur qu'un latiniste distingué n'imagine que nous aimions faire l'amour avec des poulpes, avec des fougères, etc.

 

Bien sûr, tout ceci est absurde.

 

6a0133f3c0e2ec970b013486e35697970c.jpg

(droits réservés)

 

En fait, pour les papillons, la classification fut longtemps utilisée par facilité.

Les rhopalocères regroupaient presque tous les papillons de jour, et les hétérocères la plupart des papillons de nuit.

En réalité, cela est erroné.

Pourtant, bien qu'obsolète, on rencontre encore partout l'ancienne classification.

Comme quoi, les idées reçues ont la vie dure.

 

Il s'avère en effet que, parmi les rhopalocères, certains volent la nuit.

Et, surtout, parmi les hétérocères, beaucoup volent le jour.

 

C'est le cas, par exemple, des zygènes.

Zygaena erythreus (3) (zygène des garrigues):

 

ZYGAENIDAE Zygaena erythreus 3 (zygène des garrigues) (2).JPG

 

Zygena filipendulae (3) (zygène des prés):

 

ZYGAENIDAE Zygaena filipendulae 3 (zygène des prés).JPG

 

Le moro-sphinx, très habituel, vole aussi le jour.

Macroglossum stellatarum (3):

 

SPHINGIDAE Macroglossum stellatarum 3 (moro-sphinx).JPG

 

De même que les sésies.

Pyropteron chrysidiformis (3) (sésie de l'oseille):

 

SESIIDAE Pyropteron chrysidiformis 1 (sésie de l'oseille).JPG

 

Et le sphinx du palmier.

Paysandisia archon (3):

 

CASTNIIDAE Paysandisia archon (sphinx du palmier).JPG

 

Pourtant, tous sont comptés dans les papillons de nuit.

D'autres espèces, assez nombreuses, butinent occasionnellement le jour.

Tyta luctuosa (3) (noctuelle en deuil):

 

NOCTUIDAE Tyta luctuosa 1 (noctuelle en deuil).JPG

 

Sitochroa verticalis (2) (botys vertical):

 

CRAMBIDAE Sitochroa verticalis (botys vertical).JPG

 

Acontia trabealis (3) (arlequinette jaune):

 

NOCTUIDAE Acontia trabealis (arlequinette jaune).JPG

 

Catocala nymphea (3) (lichénée vestale):

 

EREBIDAE Catocala nymphea 2 (lichénée vestale).JPG

 

L'emblématique et très jolie écaille chinée se rencontre aussi au soleil.

Euplegia quadripunctaria (3):

 

EREBIDAE Euplegia quadripunctaria 1 (écaille chinée).JPG 

 

Ce type de comportement, habituel chez de nombreux "Hétérocères" nous facilite la tâche.

Car, de fait, nous pouvons les rencontrer, donc les photographier le jour.

Cela est beaucoup plus facile.

De plus, cela évite de les photographier systématiquement sur un mur.

Agrius convolvuli (3) (sphinx du liseron):

 

SPHINGIDAE Agrius convolvuli (sphinx du liseron).JPG 

 

Même si les photos ne sont pas toujours très réussies, du moins le décor rehausse-t-il l'ensemble.

Pyrausta aurata (3) (pyrale de la menthe):

 

CRAMBIDAE Pyrausta aurata 2 (pyrale de la menthe) (2).JPG

 

Encore que, dans certains cas, le cliché reste tout de même très mauvais.

Dysauxes famula (3):

 

CRAMBIDAE Anania funebris (botys à huit taches).JPG 

 

Il est donc possible de rencontrer beaucoup de papillons de nuit dans la journée.

Apodores floralis (2) (pyrauste florale):

 

CRAMBIDAE Aporodes floralis 1 (pyrauste florale).JPG 

 

Agriphila geniculae (2):

 

CRAMBIDAE Agriphila geniculae.JPG

 

Un truc marrant, qui n'a rien à voir avec le sujet, mais qui mérite d'être souligné.

Lorsque nous avons ajouté l'espèce "geniculae" au dictionnaire words, qui, évidemment, ne connaissait pas le mot, celui-ci nous a d'abord proposé de le corriger avec le mot "enculage" (neuf lettres).

Vérifiez, cela fonctionne.

 

Même les papillons de nuit qui ont une activité strictement nocturnes peuvent se photographier le jour.

Dans ce cas, ils sont simplement au repos.

De fait, ils se remarquent beaucoup moins que leurs congénères diurnes.

Pyrausta despicata (2) (pyrauste du plantain):

 

CRAMBIDAE Pyrausta despicata (pyrauste du plantain).JPG

 

Choreutis nemorana (3) (teigne du figuier), curieusement posée sur de la vigne vierge:

 

CHOREUTIDAE  Choreutis nemorana (teigne du figuier).JPG 

 

Catocala nupta (2) (mariée) en camouflage sur un chêne vert:

 

EREBIDAE Catocala nupta (mariée).JPG 

 

Synaphe punctalis (3) (clédéobie étroite) en camouflage sur des aiguilles de pin:

 

PYRALIDAE Endotricha flammealis 3 (flamme).JPG

 

Mesophles oxycedrella (3) en camouflage sur de la lavande:

 

GELICHIIDAE Mesophles oxycedrella.JPG 

 

D'autres fois, les camouflages sont un peu moins réussis.

Noctua comes (2) (hulotte):

 

NOCTUIDAE Noctua comes 3 (hulotte).JPG 

 

Ou carrément ratés.

Camptogramma bilineata (3) (brocatelle d'or):

 

GEOMETRIDAE Camptogramma bilineata 2 (brocatelle d'or).JPG 

 

Parfois, ce sont le camouflage et la photo qui sont ratés tous les deux.

Ematurga atomaria (3) (phalène picotée):

 

GEOMETRIDAE Ematurga atomaria 2 (phalène picotée).JPG 

 

Les Tortricidae (ou tordeuses) se nomment ainsi parce que leurs chenilles ont pour habitude de tordre les feuilles des plantes dont elles se nourrissent.

Les tordeuses sont considérées comme des ravageuses de culture.

Ce n'est pas bien.

Mais un peu mieux tout de même que Mossanto, qui ravage la biodiversité en même temps que nos santés.

Dans le jardin de Choui et Leia, nous ne savons pas ce que les tordeuses ravagent mais, à vue de nez, pas grand chose.

En tout cas, elles se reposent le jour fréquemment sur des feuilles.

Cydia amplana (3) (tordeuse du chêne) (nos chênes vont très bien, merci par avance de vous inquiéter d'eux):

 

TORTRICIDAE Cydia amplana 1 (tordeuse du chêne).JPG 

 

Cacoecimorpha pronubana (3) (tordeuse de l’œillet) (nos œillets aussi vont bien, ils sont pourtant bien moins costauds que nos chênes):

 

TORTRICIDAE Cacoecimorpha pronubana (tordeuse de l'oeillet).JPG 

 

Celypha rivulana (3) est moins regardante et se nourrit tout aussi bien de genêt, que de plantain, de pissenlit, ou de salades:

 

TORTRICIDAE Celypha rivulana.JPG 

 

Pour les salades, nous avons du renoncer, mais pas à cause de Celypha rivulana.

Plutôt à cause des lapins de garenne, qui ne leur laissent aucune chance.

 

Enfin, Clepsis consimilana (3) (tordeuse du cyclamen), dont on se demande encore ce qu'elle foutait là car il n'y a aucun cyclamen dans le jardin:

 

TORTRICIDAE Clepsis consimilana 2 (tordeuse du cyclamen).JPG 

 

Deux petits derniers pour la route, des ptérophores (étymologiquement: porteur de plumes).

Le profane qui voit cela pour la première fois et comprend qu'il s'agit d'un papillon mérite des applaudissements.

Ce ne fut pas notre cas.

Pterophorus pentadactyla (3):

 

PTEROPHORIDAE Pterophorus pentadactyla 2 (ptérophore blanc).JPG

 

Caperia sp. (3):

 

PTEROPHORIDAE Capperia sp. 2.JPG
 

L'essentiel, dans tout cela, c'est la curiosité.

Cultiver la nôtre et éveiller celle des autres.

Et surtout ne pas tomber dans les affres du trouble obsessionnel compulsif.

Car, avec plus de 35000 espèces différentes d'insectes sur le territoire national (4800 pour les papillons de nuit), c'est l'hôpital psychiatrique assuré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



12/11/2016
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