LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

Le bon, la brute, et le truand

Ceux de notre génération (les baby-boomers) ont, pour la plupart, connu les grands dictionnaires "Larousse".

Dans les années soixante, beaucoup de familles en possédaient des exemplaires, qui venaient des parents, voire des grands-parents.

La société française ne s'était pas encore installée dans l'immédiateté.

Le "nouveau" Larousse illustré, en sept tomes, datait du début du XX° siècle.

Le Larousse universel, en deux tomes, était beaucoup plus répandu et datait de l'entre-deux guerres.

 

Le logo de Larousse, inspiré de ceci:

 

Pissenlit 1.JPG

 

était "je sème à tout vent":

 

larousse.jpg

(droits réservés)

 

Ces dictionnaires, remplis d'illustrations, faisaient souvent office de livre d'images pour les enfants.

Ces derniers découvraient le monde avec un décalage d'un demi-siècle.

Les planches artistiques du Larousse étaient éditées en noir et blanc.

L'art pompier, qui n'avait pas encore connu son ère de disgrâce (1950/1980), était très bien représenté.

Génial pour les garçons prépubères!

 

Bouguereau.jpg

(droits réservés)

 

Après une petite séance d'onanisme sur "la naissance de Vénus" de Cabanel (internet n'existait pas),

 

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(droits réservés)

 

les garçons retrouvaient les filles pour admirer les planches en couleurs, bien plus sages.

Ainsi, certains découvrirent-ils le monde fabuleux des insectes:

 

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(droits réservés)

 

Publié dans l'entre-deux guerres, le Larousse universel était fortement teinté de manichéisme.

Il existait alors des gentils et des méchants.

Ou, si l'on préfère, des bons, des brutes et des truands.

Les insectes n'échappaient pas à cette règle.

Ils étaient séparés en "utiles" et en "nuisibles".

 

Il est, aujourd'hui, particulièrement intéressant de revenir vers la planche du dictionnaire Larousse des années vingt:

Les hyménoptères sont bien représentés chez les "utiles".

Il y a évidemment l'abeille (archétype de l'insecte utile).

Mais aussi cerceris, bembex, sphex, ammophile, eumène, odynère et ichneumon.

Parce que leur larves se nourrissent d'autres insectes, capturés par les adultes, censés être dangereux pour les cultures.

 

Le plus beau, Palmodes occitanicus, le sphex occitan:

 

SPHECIDAE Palmodes occitanicus 1 (sphex occitan).JPG

 

Alias "le bon":

 

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(droits réservés)

 

Le frelon, bien que chasseur d'insectes lui aussi, apparait pourtant dans les "nuisibles".

Déjà, il faisait peur.

Mais surtout, il présente la fâcheuse habitude de se nourrir de fruits.

Il partage donc ici l'opprobre avec le sirex, dont les larves se nourrissent de bois.

 

Le plus méchant, Vespa crabo:

 

VESPIDAE Vespa crabro 1 (frelon d'Europe).JPG

 

Alias "la brute":

 

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(droits réservés)

 

Si l'on analyse bien la planche, on constatera que la distinction entre "utiles" et "nuisibles" tourne essentiellement autour de leur impact sur l'agriculture.

Il faut se souvenir que ces planches ont été éditées à la fin des années vingt, dans un univers encore majoritairement rural.

A part moustique, mouche tsé-tsé, pou, puce, punaise et quelques autres, les nuisibles ne sont considérés comme tels que parce qu'ils s'attaquent aux cultures.

L'exemple le plus caricatural étant représenté par cette pauvre piéride dont les larves bouffent du chou.

Saloperie de piéride:

 

PIERIDAE Pieris brassicae 1 (piéride du chou).JPG

 

A côté de la piéride, apparaissent chez les nuisibles certains papillons de nuit, dont les ineffables pyrales.

 

CRAMBIDAE Pyrausta aurata 2 (pyrale de la menthe) (2).JPG

 

On y trouve aussi ces garces de chrysomèles, qui sont des phytophages.

 

CHRYSOMELIDAE Podagrica fuscipes 2.JPG

 

Curieusement, le lépisme est classé dans les nuisibles.

Cet excellent et discret comparse, détritivore, qui participe de la formation de l'humus, avait mauvaise réputation parce qu'il s'attaquait parfois au papier.

Il pouvait, conséquemment, manger des livres.

Que ceux qui ont vu un jour leur bibliothèque détruite par des lépismes lèvent le doigt!

 

ZYGENTOMA LEPISMATIDAE Tricholepisma sp..JPG

 

Dans les nuisibles, il y a aussi cette ordure de mouche à viande:

 

SARCOPHAGIDAE Sarcophaga carnaria 2 (mouche de la viande).JPG

 

En fait, Sarcophaga carnaria ne s'attaque pas aux cultures.

Elle se nourrit essentiellement de viandes en décomposition.

De ce fait, elle joue un rôle important dans les écosystèmes desquels elle participe.

Par contre, comme elle pond ses oeufs dans la viande, il est évidemment déconseillé de la laisser entrer dans les réfrigérateurs.

 

Et le pire pour la fin, le plus petit, le plus insidieux, le plus moche des phytophages!

Cet empaffé de curculionidae:

 

CURCULIONIDAE Phyllobius pyri 2.JPG

 

Alias "le truand":

 

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(droits réservés)

 

Heureusement, Monsanto est arrivé!

D'ailleurs hanneton, lucane cerf-volant, capricorne, etc. sont maintenant considérées comme des espèces en danger d'extinction.

 

Au début du XXI° siècle, après le Vietnam, le Cambodge, l’Afghanistan, Le Rwanda, l’ex-Yougoslavie, L'Irak, la Syrie, j'en passe et des meilleures, nous sommes un peu moins manichéens.

A l'exception notable des Bush, Trump, Poutine, Ahmadinejad, Erdogan, Kim Jong-un, Bachar-el-Hassad, Mougabe...

 

L'entomologie, du moins, n'est plus manichéenne.

Et il n'existe plus d'insectes réputés nuisibles, sauf ceux qui véhiculent des maladies transmissibles à l'homme.

Il faut dire que la disparition des pollinisateurs nous fout la trouille.

Et l'effondrement de la biodiversité encore plus.

 



18/02/2017
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