LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

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Magnifiques, mystérieux: les syrphes

Certains insectes échappent à la prédation en se déguisant.

L'un des exemples les plus anciennement connus est celui du papillon Vice-roi, qui ressemble à s'y méprendre au papillon Monarque.

Nous ne sommes pas près de les photographier car il s'agit là d'espèces nord-américaines.

Le Monarque est indigeste pour ses prédateurs car, sa chenille consommant des feuilles d'asclépiade, les imagos contiennent des cardénolides toxiques.

Le Vice-roi ne contient pas de cardénolides mais, ressemblant au Monarque, il échappe ainsi aux prédateurs.

 

Les syrphes sont des mouches, famille des Syrphidae.

Mais ils ressemblent à des guêpes (plus généralement à des hyménoptères).

De fait, ils sont, comme le Vice-roi, peu prédatées.

En effet, la plupart des hyménoptères disposant de dards capables d'injecter du venin, les prédateurs les évitent (à quelques exceptions près, les guêpiers par exemple).

Et, dans la foulée, ils évitent aussi les syrphes qui sont pourtant, eux, incapables de se défendre.

 

Beaucoup de syrphes ressemblent donc à des guêpes.

Scaeva selenitica (2):

 

SYRPHIDAE Scaeva selenitica 1.JPG
 

Chrysotoxum cautum (3):

 

SYRPHIDAE Chrysotoxum cautum 3.JPG

 

Dasysyrphus albostriatus (2):

 

SYRPHIDAE Dasysyrphus albostriatus.JPG

D'autres ressemblent plutôt à des abeilles.

Eristalis tenax (2):

 

SYRPHIDAE Eristalis pertinax 3.JPG
 

Epistrophe elegans (3):

 

SYRPHIDAE Epistrophe eligans 2.JPG
 

D'autres se situent entre les deux.

Myathropa florea (3):

 

SYRPHIDAE Eristalis lineata 1.JPG 

 

D'autres, enfin, on ne sait pas trop à quoi ils ressemblent.

Mais, en tout cas, pas vraiment à des mouches.

Melanostoma scalare (3):

 

SYRPHIDAE Melanostoma scalare 1.JPG
 

D'autres exemples de syrphes ont déjà été proposés dans l'article intitulé "Encore des mouches".

 

Les Syrphidae représentent l'une des plus grosses familles de diptères.

Le nombre d'espèces présentes en France approchent les 500.

Le site "le monde des insectes" en présente environ 250 dans sa galerie.

Dans notre seul jardin, à ce jour, nous en avons rencontré environ quarante espèces différentes.

Nous avons donc encore de quoi nous occuper pour quelques années.

Bien que la famille soit nombreuse, les syrphes présentent l'immense avantage de poser peu de problèmes de détermination.

Par exemple, la syritte piaulante ne peut être confondue avec aucune autre espèce.

Syritta pipiens (3):

 

SYRPHIDAE Syritta pipiens 4.JPG

 

Avec un minimum d'attention, on arrive à une certitude avec ce mâle.

Meliscaeva auricollis (3):

 

SYRPHIDAE Meliscaeva auricollis 3.JPG
 

Parfois, c'est un peu plus ambigu.

Ainsi Eristalis tenax ressemble-t-il beaucoup à Eristalis pertinax.

Eristalis pertinax (2):

 

SYRPHIDAE Eristalis tenax 2.JPG 

 

Mais, au moins, nous sommes ici certains du genre.

Dans de rares cas, le doute persiste, mais uniquement parce que la photo ne révèle pas d'élément évident.

Platycheirus albimanus (1):

 

SYRPHIDAE Platycheirus albimanus.JPG

 

Melanostoma mellinum (1):

 

SYRPHIDAE Melanostoma mellinum.JPG

 

Les syrphes, d'une manière générale, sont des insectes pollinisateurs.

Les adultes se nourrissent de nectar.

Episyrphus balteatus (3):

 

SYRPHIDAE Episyrphus balteatus 8.JPG

 

Leurs larves se nourrissent de pucerons.

Ils sont donc d'excellents auxiliaires pour le jardin.

 

Les syrphes ont une particularité, qu'ils partagent, entre autres, avec les bombyles.

Ils sont adeptes du vol stationnaire.

Ce qui fournit l'occasion de réaliser quelques belles photos.

Episyrphus balteatus (3):

 

SYRPHIDAE Episyrphus balteatus 4.JPG

 

Sphaerophoria scripta (2):

 

SYRPHIDAE Sphaerophoria sp. 2.JPG
 

Xanthogramma pedissequum (3):

 

SYRPHIDAE Xanthogramma pedissequum 3.JPG

 

Si l'on comprend facilement pourquoi les syrphes ressemblent aux hyménoptères, il est autrement plus difficile de répondre à la question "comment?".

En effet, les syrphes, contrairement aux soldats de la plupart des armées, ne disposent pas de stocks de tenues de camouflage.

 

ghillie-tenue-camouflage-sniper-camo-desert-beige.jpg
(droits réservés)

 

Ni de l'inventivité d'un être humain.

 

1441404547-0.jpg

(droits réservés)

 

Comment ont-ils élaboré leurs stratégies?

Le mimétisme vrai (mimétisme optique), qui consiste en un camouflage pur et simple, ne concerne pas les syrphes.

On le rencontre, entre autre, chez les orthoptères dont plusieurs espèces adoptent l'apparence du végétal.

Tylopsis lilifolia (3):

 

PHANEROPTERIDAE Tylopsis lilifolia 1 (phanéroptère liliacé).JPG

 

Tettigonia viridissima (3):

 

TETTIGONIIDAE Tettigonia viridissima 2 (grande sauterelle verte).JPG

 

L'animal se cache pour ne pas être repéré par l'ennemi.

Les militaires de tous les pays s'en sont inspiré.

 

L'aposématisme est, en quelque sorte, le contraire du mimétisme.

Les espèces aposématiques sont très voyantes.

Par leur excès de couleurs, elles avertissent les prédateurs qu'elles sont impropres à la consommation, voire dangereuses.

Les coccinelles, amères et toxiques, sont des organismes aposématiques.

Coccinella septumpunctata (3):

 

COCCINELLIDAE Coccinella septempunctata 5.JPG

 

L'aposématisme fonctionne aussi en signalant les risques de piqures ou d'envenimation.

Alfred Russell Wallace, collaborateur de Charles Darwin, a été le premier à considérer que les frelons signalaient leur dangerosité potentielle par leurs couleurs.

Vespa crabro (3):

 

 VESPIDAE Vespa crabro 2 (frelon d'Europe).JPG

 

Dans ces cas, cette stratégie est un bénéfice pour la proie, mais aussi pour le prédateur.

Mais cela ne marche pas toujours.

L'armée française, lors de la première guerre mondiale, a vite abandonné l'aposématisme.

 

soldat du 27e regiment d infanterie 1914.jpg

(droits réservés)

Au profit du mimétisme visuel.

 

45459216.jpg

(droits réservés)

 

Après avoir failli prendre une rouste contre ceux-ci:

 

2374056303_small_1.jpg

(droits réservés)

 

Lorsque des espèces inoffensives ressemblent à d'autres espèces dangereuses (qu'elles soient toxiques ou venimeuses), l'on rentre à nouveau dans le cadre du mimétisme.

Cela représente une autre sorte de camouflage, différent du mimétisme classique.

Dans ces cas, les mimes ne se cachent pas.

Au contraire ils sont très voyants, mais se déguisent en espèces dangereuses.

On parle de mimétisme batésien, du nom de Henry Walter Bates, naturaliste anglais du XIX° siècle qui l'a décrit.

Tous les syrphes pratiquent le mimétisme batésien.

Scaeva pyrastri (3):

 

SYRPHIDAE Scaeva pyrastri 3.JPG

 

Epistrophe diaphana (2):

 

SYRPHIDAE Epistrophe diaphana.JPG

 

Même si certains d'entre eux sont moins doués que d'autres.

Paragus quadrifasciatus (3):

 

SYRPHIDAE Paragus quadrifasciatus.JPG

 

Combien de millions d'années d'évolution furent-ils nécessaires pour que de telles stratégies soient élaborées?

La théorie darwinienne de l'évolution suffit-elle à expliquer ce type de phénomènes?

Ou sommes-nous encore situés à des années-lumières de la compréhension du monde vivant qui nous entoure?

La seule réponse à ces questions est notre ignorance.

 

En attendant, nous vous conseillons d'observer les syrphes.

Même si vous êtes incapables de les identifier, ce qui est aussi, souvent, notre cas.

Platycheirus? Melanostoma?

 

IMG_6325.JPG

 

(Tout compte fait, il pourrait bien s'agir de Platycheirus peltatus)

 

A elle seule, la famille des Syrphidae offre un espace de réflexion que l'on pourrait dénommer la métaphysique des syrphes.

Beaucoup de questions, peu de réponses.

Une métaphysique, quoi!

 

Voici, pour finir, deux Eristalis pertinax (2) en train de batifoler dans le paddock des chevaux.

Ils ont l'air très actifs.

Et très intéressés par des débris de foin assaisonnés de purin, et remués par les sabots.

 

SYRPHIDAE Eristalis pertinax 5.JPG
 

Que font-ils là?

Ne se nourrissent-ils pas normalement de pollen?

De qui se cachent-ils et dans quel but?

Les insectes nous proposent des scénographies incompréhensibles.

Jusqu'à ce que quelqu'un de supérieurement intuitif écrive enfin un livre sur la métaphysique des syrphes.

Cela nous en apprendrait plus sur le sens de la vie que n'importe quel autre livre de métaphysique classique...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



21/04/2017
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