LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

Où sont-ils passés?

Si l'on commence à s'intéresser à l'entomologie, l'on est, au départ, enthousiaste.

 

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Mais obligatoirement habité par des tonnes d'idées fausses.

En ce qui nous concerne, l'une d'entre elles était la suivante: si nous regardons notre jardin à la recherche d'insectes, nous allons forcément y rencontrer des scarabées.

En effet, les scarabées, presque autant que les papillons, sont des insectes remarquables.

Rares sont ceux qui n'ont pas quelques souvenirs d'enfance les concernant.

Pour notre part, notre mémoire était parsemée des nombreux cétoines dorés posés dans les roses de nos jardins d'enfant.

Et qui ne se souvient pas d'une rencontre avec un lucane cerf-volant, un scarabée rhinocéros, ou un hanneton?

Attentifs à la végétation, nous avons cherché.

 

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Et nous n'avons guère rencontré de scarabées.

Il fallut chausser une longue-vue et s'armer de patience.

 

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Longtemps ce fut rien, encore rien, toujours rien.

Les premiers coléoptères aperçus, enfin, le furent sur des fleurs de fenouil, qui, à l'expérience, allaient se révéler être un très bon terrain d'observation pour de nombreuses familles d'insectes.

Ils étaient très petits.

Il y eut d'abord Oedemera podagrariae:

 

OEDEMERIDAE Oedemera podagrariae 4 (oedemère ochracé mâle).JPG

 

Et Oedemera nobilis:

 

OEDEMERIDAE Oedemera nobilis (oedemère noble).JPG

 

Des espèces banales, très fréquentes, mais que nous ne connaissions pas, faute de ne les avoir jamais regardées.

Au passage, nous nous heurtions à de nouvelles difficultés, celles de la photo macro-numérique.

Une dizaine d'espèces d'Oedemeridae sont présentes en Europe occidentale.

Donc, jusque là, pas de quoi être angoissé.

Deux sur dix, c'était un bon début.

Nous aurions du cependant nous souvenir de la satisfaction du capitaine Haddock après la découverte de la croix en or sur l'épave de La Licorne. 

 

A côté des oedemères, nous découvrîmes, voguant de conserve, d'autres espèces encore plus petites, appartenant à la famille des Mordellidae.

Parmi elles, Variimorda villosa:

 

MORDELLIDAE Variimorda villosa (mordelle).JPG

 

Et Mediimorda bipunctata:

 

MORDELLIDAE Mediimorda bipunctata (mordelle).JPG

 

Mais, à leur contact, nous fûmes confrontés à plusieurs faits entomologiques essentiels.

Par exemple, si les odonates en France comptent environ 100 espèces, les papillons de jour alentour de 250, les coléoptères représentent, eux, environ 10000 espèces différentes en France.

 

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Cent fois plus! Cette fois, Bachibouzouk, il y avait de quoi être angoissé.

Par ailleurs, plus les espèces sont petites, moins bien elles sont étudiées.

Forcément, on ne les voit pas!

Par exemple, dans l'excellent forum intitulé "Le monde des insectes", la galerie ne compte que 7 genres de Mordellidae, pour 8 espèces.

Alors que 16 genres sont présents en Europe occidentale (pour combien d'espèces?).

Enfin, à moins d'être spécialiste, de disposer d'un échantillon de l'espèce et du matériel adéquat, nous comprîmes qu'il était impossible de déterminer bon nombre d'espèces.

Du moins pour un entomologiste amateur qui n'utilise qu'un support photographique.

L'abréviation "sp.", dans ces cas, vient remplacer le nom.

Aucun professeur Tournesol ne pouvant nous aider, nous allions commencer à égrener les "sp." tout au long du Blog.

Par exemple, Variimorda sp.:

 

MORDELLIDAE Variimorda sp. (mordelle).JPG

 

Encore que, dans ce cas, nous ne sommes même pas certains de Variimorda.

 

Dans les jardins de notre enfance, il y avait des coccinelles.

La plupart rouges à points noirs.

D'autres noires à points rouges.

D'autres noires à points jaunes.

D'autres jaunes à points noirs...

Une chose est sûre, c'est que, malgré leur renommée, malgré leur impact sur l'imaginaire des enfants, pour qu'elles laissent un souvenir aussi marquant, elles devaient être nombreuses.

 

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Nous désespérions d'enfin rencontrer quelques coccinelles, tant nous passâmes de jours dans un aussi grand jardin sans en voir une seule.

Puis, enfin, Coccinella septumpunctata:

 

COCCINELLIDAE Coccinella septempunctata 1 (coccinelle à sept points).JPG

 

Mieux que cela, une jeune et une à l'état larvaire:

 

COCCINELLIDAE Coccinella septempunctata 3 (coccinelle à sept points).JPG

 

Ouf! Les coccinelles existaient toujours.

Et même certaines noires, avec deux points rouges.

Chilocorus renipustulatus:

 

COCCINELLIDAE Chilocorus renipustulatus 1.JPG

 

Mais ce n'était tout de même pas bézef.

Certes, il y a avait bien Tituboea sexmaculata, qui se donnait des airs:

 

CHRYSOMELIDAE Tituboea sexmaculata 2.JPG

 

Voire Cryptocephalus bipunctatus:

 

CHRYSOMELIDAE Cryptocephalus bipunctatus (cryptocéphale à deux points).JPG

 

Mais ceux-ci étaient bel et bien des chrysomélides.

De même que Exosoma lusitanica, qui s'est roulé dans le pollen après une cuite au rhum de la Jamaïque:

 

CHRYSOMELIDAE Exosoma lusitanica (lupérus portugais).JPG

 

Ou encore Chrysolina americana:

 

CHRYSOMELIDAE Chrysolina americana (chrysomèle du romarin).JPG

 

Parmi les chrysomélides, d'autres espèces très petites, comme Podagrica fuscipes:

 

CHRYSOMELIDAE Podagrica fuscipes 1.JPG

 

Ou encore Hypocassida meridionalis, une sorte de goutte d'or:

 

CHRYSOMELIDAE Hypocassida meridionalis.JPG

 

Et les cétoines?

Il y avait bien quelques Oxythyrea funesta, qui ne se laissaient pas aller au désespoir:

 

CETONIIDAE Oxythyrea funesta 2 (cétoine funeste).JPG

 

De rares Protaetia morio:

 

CETONIIDAE Protaetia morio (cétoine noir).JPG

 

Mais aucun cétoine doré.

Et les capricornes, et autres longicornes?

Pas grand chose non plus, à l’exception de Strictoleptura cordigera, aux couleurs de Rackham le Rouge:

 

CERAMBYCIDAE Stictoleptura cordigera 1 (lepture porte-coeur).JPG

 

Et de Niphona picticornis:

 

CERAMBYCIDAE Niphona picticornis.JPG

 

Et les lucanes cerf-volants?

Pas l'ombre d'un.

Le seul Lucane rencontré fut Dorcus parallipipedus:

 

LUCANIDAE Dorcus parallelipipedus 1 (petite biche).JPG

 

Seul un rhinocéros sauva l'honneur des souvenirs anciens.

Mais, comme il s'agissait d'une femelle, nous ne vîmes pas sa corne.

Phyllognathus excavatus:

 

DYNASTIDAE Phyllognathus excavatus 2 (rhinoceros femelle).JPG

 

Pas de scarabée proprement dit, mais un membre de la famille des Aphodiidae, Ammoecius elevatus.

Encore eut-il l'amabilité de venir se promener jusque sur le bureau:

 

SCARABEAIDAE Copris lunaris 3 (copris lunaire femelle).JPG

 

Parmi les buprestes, Capnodis tenebrionis, perdu sur la terrasse:

 

BUPRESTIDAE Capnodis tenebrionis (canope des arbres fruitiers).JPG

 

Une cantharide (dont la poudre avait autrefois la réputation de provoquer des érections, mais nous ne vous conseillons pas d'essayer).

Rhagonycha fulva:

 

CANTHARIDAE Rhagonycha fulva (téléphore fauve).JPG

 

Tout cela était bel et bon, mais ne suffisait pas.

Nous ne savions pas regarder.

Il fallait réviser nos coordonnées.

 

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Nous étions trop à l'ouest.

Ou, plus simplement, complétement à l'ouest.

Fallait-il baisser les yeux plus souvent?

Cela fonctionna quelques fois.

Courant dans l'herbe, petit, furtif, enfin un carabe, Amara aulica:

 

CARABIDAE Amara aulica 2.JPG

 

Toujours sur le sol, encore plus furtifs, deux staphylins, Ocypus olens:

 

STAPHYLINIDAE Ocypus olens 2.JPG

 

Philonthus nitidicollis:

 

STAPHYLINIDAE Philonthus corruscus.JPG

 

Il n'y avait plus de doute: nous regardions mal.

Il fallait retourner vers le centre de l'île.

 

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Ou nous procurer un pendule.

A force d'user nos yeux, nous rencontrions des espèces encore plus minuscules, difficiles à prendre en photo par des empotés du reflex numérique.

Anthrenus festivus, encore sur du fenouil:

 

DERMESTIDAE Anthrenus museorum.JPG

 

Sitona humeralis, un Curculionidae:

 

CURCULIONIDAE Sitona humeralis.JPG

 

Et un autre, Sitona cinnamomeus, déterminé avec les yeux de la foi tant la photo est approximative (des entomologistes chevronnés nous excluraient des forums pour oser une telle identification):

 

CURCULIONIDAE Sitona cinnamomeus.JPG

 

Un apparenté (Erirhinidae), Notaris sp., pour lequel nous n'avons pas poussé l'audace d'aller jusqu'à la spéciation:

 

ERIRHINIDAE Notaris sp..JPG

 

Et enfin, un dernier, si petit que nous ne savions même pas si nous prenions un insecte en photo.

Il s'agissait d'un apion, pour lequel nous avons osé Holotrichapion sp., mais il pourrait aussi s'agir d'Aspidapion sp.:

 

APIONIDAE Holotrichapion sp. 2.JPG

 

Soit un total de 30 espèces, sur les quelques 10000 présentes sur le territoire national.

A comparer au presque 20% des espèces possibles pour les odonates, il s'agissait bel et bien d'un énorme bide.

Plus de cinq ans d'arrêt total de substances chimiques, cinq ans de compost, de permaculture, de toilettes sèches...

Et seulement trente espèces de scarabées?

Nous ne sommes pas des pessimistes morbides, mais la sixième extinction nous préoccupe.

En serions-nous déjà les témoins impuissants, et bientôt désabusés?

Dans l'expectative, nous avons fini par convenir que nous ne savions pas observer les coléoptères.

Nous ne savions pas où regarder, où les chercher, comment les dénicher.

De quoi être désespérés.

 

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L'hiver arrivant allait nous permettre de réfléchir à la question en attendant le printemps prochain.

A moins qu'une intuition soudaine nous soit transmise par Saint Jean l'évangéliste.

 

PS: Avant d'attendre le printemps, trois espèces nouvelles se sont présentées, tardivement (effet du réchauffement climatique?).

Un très commun crache-sang, qui a la particularité de disposer d'élytres qui sont soudées.

De fait il est incapable de voler.

Timarcha tenebricosa:

 

CHRYSOMELIDAE Timarcha tenebricosa 2.JPG

 

Encore un Curculionidae, Phyllobius pyri:

 

CURCULIONIDAE Phyllobius pyri 1.JPG

 

Et enfin, un scarabée égaré dans la maison (famille des Geotrupidae), une femelle minotaure.

Elle commença à pousser de curieux petits cris lorsque l'on s'en saisit pour la remettre dehors.

Typhaeus typhoeus:

 

GEOTRUPIDAE Typhaeus typhoeus (minotaure femelle).JPG

 

C'est ce que l'on appelle marquer dans les prolongations.

Mais, ici, juste pour sauver l'honneur.

La suite au prochain épisode.

Nous n'espérons pas les bijoux de Moulinsart, mais quelques espèces supplémentaires au moins.

 

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(droits réservés)

NB: pour mieux comprendre certaines allusions fumeuses de l'article, lisez ou relisez ceci:

 

 P6090664.JPG

 

 

 

 

 

 



25/10/2016
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