LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

LE JARDIN DE CHOUI ET LEIA

Métaphysique des guêpes

L'entomologie est une science difficile d'accès pour l'amateur.

Sauf à y passer des heures, nous n'aurons jamais qu'une vision approximative du monde des insectes.

C'est aussi le cas de n'importe quelle discipline complexe à laquelle nous pouvons nous intéresser.

Seule la littérature parait accessible à tous, et encore...

Pour l'amateur, s'intéresser à l'astrophysique ou à l'ontologie n'amènera jamais qu'une connaissance tronquée et superficielle.

Ceci suscite un questionnement.

Que nous est-il donner de savoir?

Que faire de ce savoir approximatif?

 

Depuis plusieurs mois, nous regardons les hyménoptères du jardin.

Que nous ont-ils appris?

 

Une famille d'hyménoptères est sans doute la plus mystérieuse.

Elle génère à elle-seule un flot de questions sans réponses.

Gasteruption sp. (3):

 

IMG_9595.JPG

 

Enfants, nous étions informés qu'il existait une sorte de guêpe qui s'appelait l'ichneumon (cf article "Nous aurait-on menti?").

Depuis peu, nous avons appris qu'il existe peut-être 4000 espèces d'ichneumons en France, dont environ 2000 sont recensés.

D'emblée, cela fatigue.

Therion circumflexum (3):

 

ICHNEUMONIDAE Therion circumflexum 2.JPG
 

Un peu de taxonomie de base pour comprendre.

Une espèce, nous savons ce que c'est.

Les individus d'une même espèce disposent du même code génétique et sont capables de se reproduire entre eux.

Au dessus de l'espèce il y a le genre, qui regroupe un certain nombre d'espèces ressemblantes entre elles.

Au dessus du genre, il y la famille.

Et encore au dessus, il y l'ordre.

 

Prenons un exemple.

Anomalon cruentator (3):

 

ICHNEUMONIDAE  Anomalon cruentator 1.JPG
 

Anomalon représente le genre et cruentator l'espèce.

La famille ce sont les Ichneumonidae, en langue vernaculaire les ichneumons.

L'ordre c'est celui des hyménoptères.

 

A priori, jusque là, nous pouvons suivre.

Sauf que, dans ce cas, la famille appartient à la super-famille des Ichneumoninae, laquelle appartient à l'infra-ordre des térébrants, lequel appartient au sous-ordre des apocrites.

 

Partons du haut vers le bas.

L'ordre des hyménoptères est constitué d'insectes portant quatre paires d’ailes membraneuses (hymeno=membrane).

 

Il se divise en deux sous-ordres.

Les symphytes, dont le thorax est en continuité avec l'abdomen.

Tenthredo marginella (3):

 

TENTHREDINIDAE Tenthredo marginella 2 (2).JPG

 

Les apocrites qui présentent un étranglement entre les deux (la taille de guêpe)

Bembix tarsata (2):

 

CRABRONIDAE Bembix tarsata 3.JPG
 

Les apocrites sont eux-mêmes divisés en deux infra-ordres.

Les térébrants, dont les femelles disposent d'un ovipositeur.

Gasteruption jaculator (2):

 

GASTERUPTIONIDAE Gasteruption jaculator 2.JPG

 

Les aculéates, chez lesquels l'ovipositeur s'est transformé en aiguillon.

Vespa crabro (3):

 

VESPIDAE Vespa crabro 7.JPG

Prenons un autre exemple d'ichneumon.

Amblyteles armatorius (3):

 

ICHNEUMONIDAE Amblyteles armatorius 3.JPG
 

Cela nous donne:

Ordre: Hymenoptera

Sous-ordre: Apocrita

Infra-ordre: Aculeata

Super-famille: Ichneumonoidae

Famille: Ichneumonidae

Sous-famille: Ichneumoninae

Genre: Amblyteles

Espèce: armatorius

 

Au passage, on rencontre deux catégories nouvelles qui viennent de s'intercaler.

La super-famille des Ichneumonoidae, qui se divise en plusieurs familles dont les Ichneumonidae et les Braconidae.

La famille des Ichneumonidae se divise elle-même en sous-familles dont celles des Ichneumoninae, des Pimplinae, des Banchinae, des Cryptinae, des Ophionidae.

Un représentant des Banchinae:

Banchus pictus (3):

 

ICHNEUMONIDAE Banchus pictus 2.JPG

 

Un représentant des Cryptinae:

Agrothereutes sp. (3):

 

ICHNEUMONIDAE  Agrothereutes sp..JPG

 

Ceci est de la taxonomie.

C'est-à-dire la méthode utilisée par les hommes pour ranger les êtres vivants dans des catégories.

Évidemment, les "catégories" sont une idée.

Elles n'existent pas en tant que telles dans la nature.

Elles nous permettent juste de nous y retrouver dans les centaines de milliers d’espèces vivantes.

 

L'entomologie nous apprend quelque chose sur les insectes.

Mais elle nous en apprend encore plus sur le regard que porte les hommes sur les insectes, et sur le monde en général.

Nous essayons d'analyser, de classifier, mais comprendrons-nous jamais?

 

Pourquoi tant d'ichneumons différents?

Des milliers d'espèces rien qu'en France!

A quoi cela peut-il correspondre?

Nous n'en savons rien.

 

Les ichneumons sont des espèces parasitoïdes.

Les femelles, grâce à leur ovipositeur, peuvent perforer les écorces des arbres.

Banchus sp. (2):

 

ICHNEUMONIDAE Banchinae sp..JPG

 

Et pondre leur œuf à l'intérieur même du corps d'une larve.

L'embryon, en se développant, va se nourrir de la larve, et en sortir à maturité.

La larve parasitée n'a quasiment aucune chance de survie.

N'est-ce pas cruel?

 

Les interactions entre les êtres vivants n'ont rien de cruel.

Les insectes tuent d'autres insectes pour vivre.

Les araignées, qui (faut-il le rappeler?) ne sont pas des insectes, sont, des prédateurs.

Par exemple les araignées-sauteuses.

Menemerus semilimbatus (3):

 

SALTICIDAE Menemerus semilimbatus 1.JPG
 

Qui bondissent sur leur proie pour les attraper.

Menemerus taeniatus (3):

 

SALTICIDAE Menemerus taeniatus 5.JPG

 

Mais les araignées ne sont pas des super-prédateurs.

Elles sont elles-mêmes prédatées.

En particulier par des guêpes: les pompiles.

Episyron albonotatum (2):

 

POMPILIIDAE Episyron albonotatum 1.JPG
 

Les pompiles sont en effet une famille de guêpes spécialisées dans la chasse aux araignées.

 

On peut se poser la question suivante:

Pourquoi s'attaquer spécifiquement à des proies réputées dangereuses?

Ne serait-ce que pour venger les autres hyménoptères victimes des araignées?

Heriaeus hirtus (3):

 

THOMISIDAE Heriaeus hirtus 1.JPG
 

En réalité, les pompiles ne se nourrissent pas de leur proie.

Elles pondent un œuf à l'intérieur.

La larve se nourrira de la victime.

Les pompiles, comme les ichneumons, sont des guêpes parasitoïdes.

Finalement, le réalisateur du film "Alien" n'avait pas tant d'imagination que cela.

 

alien.jpg
(droits réservés)

 

Un deuxième questionnement survient lorsque l'on s'intéresse aux pompiles.

Ils se différencient assez peu les uns des autres.

De fait, il est quasiment impossible de déterminer l'espèce d'un pompile à partir d'une photo.

Anoplius sp. (2):

 

POMPILIDAE Anoplius sp. 2.JPG
 

Anospilus orbitalis (1):

 

POMPILIIDAE Anospilus orbitalis 1.JPG
 

Pourquoi ne sont-ils pas tous pareils?

Finalement, le code génétique étant suffisant pour déterminer une espèce, pourquoi certains insectes se parent-ils de spécificités de couleur nous permettant de les nommer?

Encore une question métaphysique.

Nous ne connaissons les insectes qu'à travers notre regard d'être humain.

Les insectes, eux, le plus souvent nous ignore.

 

Revenons à l'une de nos premières questions.

Que nous ont appris les hyménoptères du jardin?

Essentiellement l'humilité et la curiosité.

Car il existe, à proximité de nous, un monde complexe.

Que, la plupart du temps nous ignorons.

Et, quand par heur, nous prenons le temps de nous y intéresser, il suscite plus de questions que de réponses.

Nous sommes les passagers d'un monde que nous ne comprendrons jamais.

Mais il s'agit d'un monde fascinant, qui se laisse observer.

Afin que nous continuions à nous poser des questions.

 

 



12/11/2017
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